priereToujours prier sans se décourager : c’est une consigne que Jésus donne lui-même à ses disciples, une « nécessité » dit-il, une sorte d’évidence. Pourtant la formule contient en elle-même un paradoxe :

l’exhortation à ne pas se décourager laisse entendre que toujours prier peut à la longue être décourageant ! Voyons cela de plus près et profitons de l’occasion pour nous poser quelques questions sur notre vie de prière…

Et tout d’abord comment recevoir cette parole : « les élus de Dieu », les bien-aimés du Seigneur, crient vers lui jour et nuit. Jour et nuit ? Ils n’auraient donc rien d’autre à faire ? Bien entendu il ne s’agit pas de faire des prières toute la journée et en plus toute la nuit. Mais peut-être d’être en prière, le cœur en attente, l’âme en éveil. Saint Augustin connaît cette objection classique : je ne peux pas sans cesse lever les mains vers le ciel ou faire des génuflexions ! Il répond par une formule magnifique : ton désir c’est ta prière. Un désir si profond qu’il devient peu à peu permanent, comme l’arrière-plan de la vie quotidienne. C’est ce qu’on appelle vivre en présence de Dieu. Je dirais : vivre l’instant présent dans la perspective de l’éternité. Alors en effet je ne pourrai plus me contenter de prier de temps en temps, quand j’en ai envie, ou quand j’ai un problème, me contenter « d’une petite prière » par ci par là…

Encore faut-il ne pas se tromper de désir. Trop souvent la prière est une sorte de grand déballage de nos soucis et de nos désirs, Dieu étant prié de s’occuper de nos affaires. Je ne dis pas que ma vie et celle de mes frères ne l’intéressent pas. Au contraire, les cheveux de notre tête sont tous comptés ! Mais est-ce que moi je m’intéresse aux affaires de Dieu ? C’est pourtant ce que Jésus nous enseigne dans le Notre Père : ton Nom, ton Règne, voilà mon premier souci, c’est par là que commence la prière du disciple. Saint Jean de la Croix nous met en garde : aux dons de Dieu il faut préférer le Dieu des dons. Ce que je désire par-dessus tout ce n’est pas un tas de choses, mais Dieu en toutes choses.

Une autre difficulté peut nous décourager, c’est une objection qui refroidit la prière de beaucoup : le sentiment que la prière ne change rien. « Elle n’est pas efficace ! » Mais là encore il y a un malentendu. La prière n’est pas une baguette magique qui transforme les citrouilles en carrosse, une formule magique qui nous donnerait un pouvoir sur les choses et sur les gens ! Ce que la prière change, c’est la personne qui prie. Si tu pries en vérité, avec humilité et confiance, tu deviens davantage canal de la grâce, instrument de la Providence. C’est l’expérience de Moïse sur la montagne : tant qu’il a les bras levés vers le Seigneur, Israël est revêtu de la force d’en haut. Oui, si tu changes, le monde change. Le résultat espéré peut être lointain et même incertain. Mais ce qui est certain et immédiat c’est la réponse de Dieu : « Les fait-il attendre ? Je vous le déclare, bien vite il leur fera justice. »

Notre lassitude dans la prière, l’impression que c’est une sorte de rituel répétitif pas très motivant, c’est qu’elle est trop un soliloque, un dialogue avec soi-même. Ce qui manque à notre prière c’est la Parole de Dieu. Ne me dites pas : « moi Dieu ne me dit rien, je n’entends rien ! » La Parole de Dieu a pris chair, elle a pris vie et visage en Jésus Christ. En son Fils Dieu nous a tout dit. A nous de l’écouter. Si vous voulez prier pour de vrai, et rencontrer le Seigneur dans la prière, partez de quelques lignes des évangiles ou d’autres passages de la Bible. Comme l’enseigne Paul à Timothée, toute l’Ecriture est inspirée par Dieu et nous communique la sagesse spirituelle ; par sa Parole il nous enseigne, dénonce le mal, redresse, éduque dans la justice. Le vrai priant, comme Samuel, dit « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! » Trop souvent nous disons le contraire : écoute, Seigneur, ton serviteur parle !

« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il foi sur la terre ? » Cette question conclut l’exhortation de Jésus sur la prière inlassable. Ce n’est pas par hasard. Perdre la prière c’est perdre la foi. Un monde où la prière se raréfie devient un monde irrespirable, suspendu dans le vide, sans mystère et sans espérance. Un homme qui ne prie plus ou qui ne fait que de vagues prières va peut-être garder une certaine apparence ou appartenance religieuse, mais son cœur se dessèche peu à peu Ah ! mes amis, demandons à l’Esprit Saint de faire de nous des hommes et des femmes de prière, dans l’obscurité du monde gardons nos lampes allumées, dans le bruit de l’histoire maintenons la musique du silence.  

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