copacabanaAscension 2017

Ce que nous appelons « l’Ascension » du Seigneur est en quelque sorte sa dernière apparition, peut-être cette manifestation « à plus de 500 frères à la fois » dont parle saint Paul (1Co 15, 6).

Après un « carême » (40 jours) de lumière, de consolation, de formation aussi, le moment est venu de la séparation – d’une apparence de séparation, car dit-il « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Jésus les avait préparés à ce moment : « Il est bon pour vous que je m’en aille » (Jn 16, 7) ; « je m’en vais et je reviens vers vous ; si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie car je pars vers le Père » (Jn 14, 28). Saint Augustin, dans une homélie pour ce jour de l’Ascension, le dit merveilleusement : De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps… Lui, alors qu’il est là-bas [dans la gloire] est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui ».

Telle est notre condition de croyants : déjà au ciel, avec lui, car nous sommes devenus inséparables ; il s'est attaché à nous et nous nous sommes attachés à lui, pour toujours ; et cependant nous sommes comme en exil « loin du Seigneur, car nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (1Co 5, 6-7). Nous ne pouvons pas encore le voir dans sa gloire, c’est pourquoi les anges disent : Pourquoi regarder vers le ciel ? Ce n’est pas encore le temps de la vision, du face à face (qu’on appelle la vision béatifique – ou béatifiante). Nous n’avons pas les yeux au ciel, mais les yeux sur terre, cette terre qu’il faut aimer, transformer, évangéliser. Cependant nous avons dès maintenant le cœur au ciel, sans quoi nous n’aurions pas le cœur à l’ouvrage, le cœur au voyage. Nous sommes en effet en chemin, dans cet entre deux, cet espace, entre terre et ciel.

Et cet espace n’est pas celui de la déception ou de la nostalgie. C’est au contraire l’espace de l’espérance, de l’enthousiasme, du désir. L’espace ouvert à l’évangélisation : « Allez » – ou plutôt « en allant », car l’impératif est « faites des disciples » ; les autres verbes sont au participe présent ; on évangélise en baptisant et en enseignant, chemin faisant. Nous n’avons pas à nous mettre en route, nous sommes que nous le voulions ou non « embarqués » dans le mouvement de l’histoire ; mais précisément il nous est confié de la conduire à Dieu.

Dans cette page finale (ou plutôt inaugurale) du premier évangile, il y a un mot clé, répété quatre fois, le mot « tout » : tout pouvoir, toutes les nations, tout ce que je vous ai commandé, tous les jours… Cette totalité est un autre nom de la catholicité. On dit que catholique veut dire universel, c’est trop vite dit et approximatif : en grec kat-holon signifie selon le tout. L’apôtre saint Paul dit la même chose dans son vocabulaire en parlant de la plénitude : l’Eglise, en sa mission et selon sa vocation, « c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude » (Eph 1, 23). Attention à l’horizontalisme qui nous guette ! Trop souvent on réduit le témoignage du chrétien à une action terrestre, une amélioration et une organisation du monde, un souci d’arranger les choses. Je ne dis pas que cela n’est pas au programme. Le souci concret de la justice et de la charité fait partie du contrat. Mais ce n’est pas pour cela que Jésus Christ est venu, qu’il est mort sur une croix, qu’il est ressuscité ! La finalité, c’est que tout puisse être transfiguré dans l’amour, en tout lieu et en tout temps, et pour tout homme.

L’Ascension ouvre donc un grand espace entre terre et ciel. C’est comme un appel d’air, où se déploient à la fois notre témoignage, notre responsabilité, et le témoignage de l’Esprit Saint, souffle puissant, vent violent de la Pentecôte (Ac 2, 2). Laissons-nous emporter vers les hauteurs, et entraînons toute la création dans cette « élévation » !

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