chateauneufLa beauté des chants liturgiques ? Qu’on me pardonne, mais je commence par un point d’interrogation.

Je ne voudrais vexer personne, mais dans l’ensemble nos liturgies dominicales ne sont pas des chefs d’œuvre au plan musical. Dans nos campagnes et dans nos banlieues les bonnes volontés ne manquent pas, mais avec des assemblées trop clairsemées ou trop âgées ou trop pauvres en musiciens et en chanteurs comment célébrer comme il le faudrait la Gloire de Dieu ? Liturgie émouvante ou liturgie élevante ? On aurait parfois envie de répondre ni l’une ni l’autre ! On pourrait dire la même chose des chants courants. Les textes et les mélodies ne sont pas toujours à la hauteur du mystère célébré. Il y a cependant des paroisses, des communautés, des sanctuaires, des cathédrales où une tradition de beauté se perpétue, d’autres où un renouveau liturgique et musical est à l’ordre du jour. Souvent cela est lié à la redécouverte de la polyphonie et donc à l’existence d’un chœur ou d’une schola, longtemps exclus parce que créant une différence dans l’assemblée. Ici comme ailleurs l’idéologie de l’égalité a conduit à la médiocrité.

Cela dit, Dieu connaît les siens. Une messe célébrée avec une humble ferveur et quelques fausses notes peut ouvrir et toucher les cœurs, une liturgie solennelle peut les laisser sur leur faim. Cela nous ramène à la question initiale. La beauté nous touche. Mais qu’est-ce qui est touché en nous ? D’abord la sensibilité. C’est la vérité de notre condition humaine. La philosophie médiévale le formulait ainsi : rien ne vient à notre esprit sans passer d’abord par notre perception sensible. Une œuvre d’art produit d’abord une sensation (auditive ou visuelle). Par une sorte de résonnance psychique, la sensation produit (ou pas) une émotion (positive ou négative). Ce qui est touché alors, c’est notre vie intérieure. L’œuvre éveille ou réveille tout un monde de souvenirs, d’attentes, de craintes, de joies, de douleurs… Enfin, à son tour, l’âme peut être touchée. « Peut », car ce n’est pas automatique. Cela suppose deux conditions. D’une part que l’œuvre elle-même soit « inspirée » et « inspirante ». D’autre part que le témoin regarde ou écoute de toute son âme.

Comme on le voit je n’oppose pas émotion et élévation. Au contraire je mets en garde contre deux tentations symétriques. Le souci de l’ambiance, la mise en avant des « sensibilités », une volonté de modernité ou au contraire de traditionalisme, tout cela donne trop de place au ressenti aux dépens de la finalité, qui est l’adoration. Le but n’est pas de donner du rythme ou de donner des frissons. Le bon chant liturgique, le beau, c’est celui qui fait prier. Inversement, un mélange de mysticisme et d’esthétisme peut faire prendre pour élévation de l’âme ce qui n’est que satisfaction intellectuelle, oubliant que la Parole de Dieu a pris chair et que dans la prière le cœur parle au cœur, comme disait le cardinal Newman.

Famille Chrétienne n° 2053 du 20 mai 2017

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