cathedrale meaux

À son arrivée dans le diocèse de Meaux Mgr Nahmias a fait un choix significatif en nous proposant de passer de « Église en Actes » à « Mission en Actes ». La convocation de l’Assemblée synodale était clairement dans cette dynamique : « Annoncer la joie de l’Évangile en Seine-et-Marne ! Par notre communion fraternelle, faire des disciples du Seigneur Jésus. Voilà l’objectif ambitieux que je nous donne pour cette assemblée synodale » Avec un engagement : « Je veillerai avec attention à ce que notre travail ne glisse pas progressivement sur le fonctionnement intra-ecclésial de nos communautés, mais réponde à l’appel pressant du pape François à aller aux périphéries. »

Or ce glissement a eu lieu. On a d’abord accepté que les Assemblées mettent tous les appels à égalité, alors qu’orientation suppose priorité et hiérarchisation. Ensuite plus le temps a passé plus les délégués sont revenus aux problématiques usuelles. Enfin la volonté de ne rien perdre aboutit en fait à 14 orientations (le premier thème se décline en trois sous-thèmes ; le second propose cinq chemins d’union au Christ ; le troisième articule deux priorités, les jeunes et les familles ; à quoi il faut ajouter trois domaines transversaux).

Le glissement est manifeste à propos de la formation. Une demande initiale, dans l’une et l’autre Assemblées, était celle d’un retour aux fondamentaux de la foi. Cette convergence et cette insistance avaient impressionné notre évêque. Il faut reconnaître que les générations actuelles ont eu une catéchèse lacunaire, ou pas de catéchèse du tout. « Mon peuple périt faute de connaissance » (Os 4, 6), une connaissance qui soit en même temps expérience. Des jeunes catholiques deviennent musulmans et dans nos banlieues fleurissent les assemblées évangéliques. Or les formations évoquées dans la lettre de l’Avent ne répondent ni à l’enjeu ni à la demande initiale. Des formations à l’écoute, à la prédication, au droit canon, à la gouvernance, à la doctrine sociale ne sont pas sans intérêt, mais à qui s’adressent-elles ? 

Le glissement est repérable aussi par l’effacement du mot évangélisation (qui n’apparaît qu’à propos des jeunes). Dès 1975 (Evangelii nuntiandi)Paul VI avait la vision prophétique d’une Église évangélisée pour être évangélisatrice. Sans cette vision et sa mise en œuvre pratique, des expressions comme « disciples missionnaires » et « proximité missionnaire » risquent de rester incantatoires. Si l’horizon pastoral est « l’entre nous », la déchristianisation dramatique de nos villages et de nos banlieues n’est même plus mentionnée. N’est pas non plus mentionnée la « conversion missionnaire » que suscite actuellement l’Esprit Saint et qui mobilise et renouvelle beaucoup de paroisses en Europe et au Canada (y compris en Seine-et-Marne !), dans la ligne de Paul VI confirmée par François : L’Église existe pour évangéliser.

Le risque est donc de mobiliser nos communautés sur des objectifs familiers et rassurants : améliorer l’accueil, développer la convivialité, méditer la Parole de Dieu entre paroissiens… Le risque est d’oublier que la finalité de l’Église n’est pas l’Église, mais le salut du monde (Ro 10, 13-15). Quand le Christ frappe à la porte, dit François, c’est peut-être pour sortir et non pour entrer ! Si la communauté chrétienne se cherche elle se perd, comme celui qui veut sauver sa vie. Au contraire elle doit se perdre. Se perdre deux fois : une fois dans l’adoration et la louange, une fois dans le service du pauvre – sans oublier la grande pauvreté qui est d’être sans espérance et sans Dieu en ce monde (Eph 2, 12).Alors elle se trouve. Une vraie communion se développe, qui n’est pas cherchée mais donnée par surcroit, surnaturelle.

Alain Bandelier, février 2019

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