AneetboeufL’âne était un compagnon fidèle et familier, corvéable à merci, indispensable pour transporter les gens et un tas de choses lourdes et encombrantes. Avec le bœuf, il faisait partie de la vie quotidienne, comme le sous-entend une réflexion de Jésus : même le jour du sabbat, chacun détache de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire (Lc 13, 15).

On ne s’étonne pas de rencontrer frère âne dans les récits de la Bible. Il apparaît dans les évangiles lors de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Triomphe modeste, si l’on en croit le prophète : Voici ton roi qui vient, assis sur le petit d’une ânesse (Jn 12, 15). On précise même un petit âne, sur lequel personne ne s’était encore assis (Mc 11, 2).La monture normale du Roi est en effet le cheval, ou du moins la mule : pour confirmer que le jeune Salomon est son successeur, David le fait monter sur sa propre mule (1R 1, 33). L’âne, c’est le bas de gamme !

Ni Matthieu ni Luc, dans les récits de Noël, ne parlent de l’âne et du bœuf. Mais la présence du premier est logique, aussi bien pour le voyage d’une jeune femme sur le point d’accoucher que pour la pérégrination d’une petite famille jusqu’en Égypte. Et la présence du second est suggérée : l’enfant est déposé dans une mangeoire,on est donc dans une étable. En fait c’est le souvenir d’un verset d’Isaïequi a comme « appelé » ces deux témoins silencieux :Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas(Is 1, 3).Les Pères de l’Église verront dans le bœuf l’image du juif, attaché par les liens de la Loi, et dans l’âne l’image du païen, accablé sous le poids de l’idolâtrie. L’Enfant-Dieu est là, il va les sauver, l’un et l’autre.

Ces braves bêtes, qui sont devenues des personnages de la crèche, nous disent peut-être encore autre chose. On sait que le juif pieux ne se contente pas de lire la Parole de Dieu, il doit la « dire ». Dans une tradition orale, la récitation s’accompagne d’un balancement du corps. L’enfant qui récite sa poésie le fait spontanément en passant d’un pied sur l’autre. A Jérusalem, devant le mur occidental, on voit des fidèles psalmodier ainsi, et incliner le buste de façon rythmique. Le balancement de gauche à droite est celui du bœuf sous le joug : lent et puissant, il tire le chariot ou creuse le sillon. Le balancement d’avant en arrière est celui de l’âne sous le fardeau : chargé mais décidé, il va de l’avant. Ainsi la Parole de Dieu prend corps en nous, et Jésus peut dire : Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger (Mt 11, 30).Paradoxalement, le poids de son amour ne nous écrase pas, il nous soulève ; l’obéissance de la foi n’est pas une chaîne qui nous condamne à tourner en rond, mais une confiance qui nous donne des ailes. 

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