Au commencement, quand Dieu crée, il sépare : la lumière et les ténèbres, le haut et le bas, le solide et le liquide – sans quoi tout serait vaseux ! Puis les plantes « selon leur espèce », les animaux « selon leur espèce » et, pour finir en beauté, l’altérité de l’homme et de la femme.

lumiere tenebresPour la dire, le livre de la Genèse joue avec finesse sur le singulier et le pluriel : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa masculin et féminin (Gn 1, 1-27). Seul le Dieu Amour, le Dieu trinitaire, pouvait inventer cette image de lui-même, ce singulier pluriel où la différence n’est ni contradiction ni malédiction et où l’unité n’est ni unitaire ni totalitaire.

Inversement, avec l’apôtre Paul, on peut penser que là où le sens de Dieu s’efface, le sens de l’amour humain s’obscurcit. Il l’écrit aux Romains (Ro 1, 25-27) : Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge… C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes.

On le sait, le mot sexe vient du verbe latin secare : couper, séparer. L’un n’est pas l’autre. La différence est inscrite dans notre chair et même, on le sait aujourd’hui, dans notre ADN. Mais ce n’est pas d’abord une question de biologie ou de psychologie. L’enjeu est mystique en même temps que politique. Il s’agit de l’art d’aimer, de la grâce d’aimer. L’amour suppose une relation et la relation suppose une différence. La Bible dit « aimez-vous les uns les autres » ; elle ne dit pas « aimez-vous les uns les mêmes » ! Le deuxième récit de la création voit la femme comme arrachée du côté de l’homme (Gn 2, 21-22). Ainsi s’inscrit pour toujours, en elle comme en lui, une anxieuse et bienheureuse incomplétude. Toi aussi, en renonçant à être tout, tu maintiens ouverts en toi ce manque, cet espace où se joue la rencontre. Et la communion devient possible.

Dans nos pays occidentaux, la négation acharnée de la différence sexuelle est emblématique d’une révolution culturelle bien plus large. C’est la généralisation, à tous les niveaux, de la société anonyme : le couple provisoire, la famille aléatoire, la France déracinée, l’Europe uniformisée, la terre mondialisée. Peu à peu s’instaure la dictature de l’identique, en grec homos. « Tous pareils » devient l’injonction souveraine. Tout y passe : la mode évidemment, les médias trop unanimes, la morale en quête de consensus plutôt que de vérité. La dissemblance étant insupportable, le procès pour discrimination n’est pas loin. Et la pensée unique a trouvé le moyen de faire taire les voix dissidentes : Fake news ! Tout cela vient de la confusion entre égalité des personnes et identité des profils. Je suis ton égal, mais Dieu merci je ne suis pas ton pareil. Tu es unique. Alors que l’in-différence fait de toi n’importe qui, n’importe quoi.

Famille Chrétienne, 17 novembre 2018

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